Gainsbourg Rencontre

« Un personnage à l’opposé de la séduction »

Je l’ai connu par hasard chez Milord l’Arsouille. J’ai tout de suite été fasciné par l’originalité de ses textes, de son inspiration musicale et par ce personnage à l’opposé de la séduction.

En novembre 1958, il débutait aux Trois Baudets dans un spectacle intitulé Opus 109, et il faut avouer que ce fut un désastre. Ce qui prouve que lorsqu’on a du talent, ça finit toujours par arriver. C’est en voyant Boris Vian sur scène, aux Baudets, que Gainsbourg avait compris qu’il est possible de «chanter» autrement, sans forcer l’expres­sion, sans aller «à la pêche» au public.

En 1958, son premier 25 cm, «Du chant à la une» est son coup de chance. Il est préfacé par Marcel Aymé et chroniqué par Boris Vian dans Le canard enchaîné. Ses chansons séduisent Michèle Arnaud, Juliette Gréco et Catherine Sau­vage, les grandes dames toujours à l’affût du talent.

Les contacts personnels que j’ai eus avec Serge Gainsbourg m’ont souvent persuadé que son agressivité, son désir de choquer, sa recherche de l’originalité à tout prix, étaient le masque cachant une grande pudeur dont il se défend.

D’ailleurs, pendant des années, il se bornera à être un génial auteur-compositeur et à s’interpréter, sur disque uniquement, dans le confort rassurant des studios.*

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*Extrait du livre et du coffret « Mes 50 ans de chansons françaises ».